Les ports atlantiques africains occupent une position stratégique unique. De Tanger à Lagos, de Dakar à Luanda, ils sont les portes d’entrée maritimes de l’Afrique sur le monde, reliant le continent à l’Europe, aux Amériques et aux grandes routes du commerce international.
Aujourd’hui, ces ports sont à un tournant.
Au-delà de la capacité et de la performance logistique, la durabilité devient un facteur déterminant de compétitivité, d’attractivité et de souveraineté économique.
Ports atlantiques africains : un atout stratégique, mais des risques croissants
Les ports de la façade atlantique africaine — tels que Lomé (Togo, 2,2 millions EVP traités en 2023), Dakar (Sénégal), Lekki (Nigeria) ou encore Kribi (Cameroun), — jouent un rôle crucial dans l’intégration des chaînes logistiques régionales et internationales. Cependant, des études récentes montrent que ces plateformes sont extrêmement vulnérables aux impacts du changement climatique. Un rapport du Global Center on Adaptation indique que plus de 5,3 milliards de dollars de commerce africain sont exposés chaque année à des risques climatiques liés aux ports, avec des dommages annuels potentiels allant jusqu’à 680 millions de dollars d’ici 2050 si rien n’est fait.
Ces risques prennent plusieurs formes :
- perturbations des chaînes d’approvisionnement du fait de corridors logistiques non résilients.
- élévation du niveau de la mer et inondations côtières,
- vagues de chaleur extrême affectant la santé et la productivité des travailleurs portuaires,
Durabilité portuaire, mais encore…
Un port durable ne se limite pas à des panneaux solaires ou à quelques arbres plantés. Il s’agit d’intégrer des pratiques systémiques qui réduisent les impacts environnementaux, renforcent la résilience climatique, et améliorent l’efficience économique des opérations. Cela inclut :
- Intégration des communautés locales dans les décisions afin d’assurer une acceptabilité sociale durable.
- Réduction des émissions de gaz à effet de serre (par exemple grâce à l’électrification des quais ou à des solutions énergétiques à faibles émissions).
- Adaptation des infrastructures pour résister à la montée des eaux, aux tempêtes et à la chaleur extrême.
- Gestion responsable des déchets et de la qualité de l’air et de l’eau, essentielle pour protéger les écosystèmes marins.
Exemples concrets et initiatives en Afrique
Tanger Med (Maroc) : durabilité au service de la performance
Tanger Med reste l’une des plateformes portuaires africaines les plus performantes : en 2024, il a traité plus de 10 millions de conteneurs EVP, ce qui le classe 17ᵉ port mondial par volume.
Dans une perspective de durabilité, le complexe travaille à réduire l’empreinte environnementale de ses opérations, en intégrant des normes internationales et en promouvant des pratiques de logistique verte. Ces efforts s’inscrivent dans une stratégie plus large de repositionnement du Royaume comme hub maritime et logistique durable sur l’Atlantique africain.
Port de Cotonou (Bénin) : certifications et gestion environnementale
Le Port autonome de Cotonou, pilier du commerce ouest-africain, a adopté des certifications environnementales internationales, illustrant une démarche structurée de durabilité dans ses opérations.
Cette approche englobe le renforcement de la qualité de l’air, des stratégies de gestion des déchets et des efforts pour concilier performance logistique et responsabilité écologique.
Ports émergents : Lekki et Kribi
Le Port de Lekki (Nigeria), en pleine expansion, préfigure une nouvelle génération de ports intégrés qui peuvent allier ample capacité de traitement (jusqu’à plusieurs millions d’EVP) à des normes modernes d’infrastructures. De même, le Port en eau profonde de Kribi (Cameroun) positionne le pays comme un acteur stratégique du golfe de Guinée, susceptible d’intégrer des innovations durables dès sa conception.
Les freins majeurs à surmonter
Malgré ces initiatives prometteuses, plusieurs obstacles persistent :
1. Sous-financement de l’adaptation climatique
Moins de 3 % du financement climatique privé en Afrique est actuellement alloué à l’adaptation, bien que les risques portuaires climatiques soient avérés et coûteux.
2. Gouvernance et coordination
La multiplicité des acteurs (États, collectivités, opérateurs, bailleurs) sans mécanismes institutionnels clairement alignés limite souvent la prise de décision stratégique à long terme.
3. Intégration logistique insuffisante
Des corridors port-hinterland fragmentés empêchent une fiabilité optimale des chaînes logistiques, réduisent la résilience et augmentent les coûts d’exploitation, freinant ainsi la compétitivité des ports africains.
4. Coûts opérationnels et efficacité
De nombreuses plateformes sont confrontées à des coûts d’exploitation élevés, liés à l’inefficience opérationnelle, à la bureaucratie et à des processus ad hoc. (Source : Marine Insight – Challenges confronting African ports)
Vers une durabilité intégrée des ports atlantiques africains
La durabilité des ports atlantiques africains ne se résume pas à des initiatives isolées. Elle exige une transformation systémique qui incorpore le climat, l’efficacité opérationnelle, l’intégration régionale et des financements innovants. Les ports qui sauront allier durabilité, résilience et compétitivité ne répondront pas seulement aux besoins du commerce mondial. Ils deviendront des moteurs de croissance inclusive, verte et durable pour toute une région du monde.
👉 Ces enjeux seront au cœur des réflexions portées par SIPORTS 2026, plateforme de dialogue et de partage d’expériences autour de l’avenir des ports africains.


